Récit d’enfance, celle de l’auteur, plein de charme et de naïveté et, en même temps plein de leçons de vie.
Anwar a passé son enfance dans un petit village dans la montagne au Liban. Il raconte son quotidien de petit garçon aimé et entouré par ses parents et sa grand-mère. Chaque chapitre évoque un épisode ou un personnage remarquables, et se termine par une pierre qu’Anwar pose sur sa « tour de la lune », pyramide réelle ou imaginaire, de la structuration de sa petite vie. La première pierre correspond à sa première et immense désillusion sur les adultes qui vivent auprès de lui, et à sa prise de conscience du monde qui l’entoure.
Au-delà de son quotidien, c’est celui de tout un peuple rural, dont nous suivons l’évolution et l’intégration dans la modernité. Le tango du gramophone remplace les danses traditionnelles. L’automobile fait son apparition… Nous arrivons aux conflits récents, simplement évoqués dans l’épilogue de l’auteur qui a émigré aux Etats-Unis. Ce n’est ni bien ni mal, c’est tout simplement.
L’écriture est toute simple, mais précise et poétique, et le récit linéaire. Il se dégage un charme sensible, comme dans certains récits d’enfance que nous connaissons. Le récit est à la première personne, mais ne tombe pas dans la facilité ou la mièvrerie. Il y a une évolution de l’enfant au fil des chapitres. Chaque apprentissage forme une construction sur le précédent, et structure la personnalité du narrateur, tout comme sa tour. C’est un livre fondateur.
Accawi, Anwar. – L’enfant de la tour de la lune. – Autrement, Littératures. – Traduit de l’américain. – 16 €
Nouvelles qui décrivent la société indienne des années 80 à travers le regard d’une femme. Le lecteur découvre dans un style limpide, les différentes facettes de cette Inde sclérosée. Au fur et à mesure de la lecture, une tension naît entre les nouvelles, telle celle du fonctionnaire poète à ses heures de travail, et par exemple celle d’une femme mariée par arrangement mais violée quotidiennement !
Une tension si forte que seule la prière des dieux peut permettre de supporter, mais laisse seule la narratrice désemparée devant son futur, car une femme libérée du joug des conventions sociales et familiales est encore rejetée en Inde aujourd’hui…
Appachana, Anjana. – Mes seuls dieux. – Zulma. - Trad. de l’anglais (Inde). – 19,50 €
Réédition de la version originale de 2001.
Le corps d’une fillette est jeté hors d’un fiacre rue Saint Vincent. Déguisée en petite fille modèle, elle a, avant sa mort, subi des sévices sexuels. L’enquête est confiée à l’inspecteur Berflaut aidé par Toulouse-Lautrec, qui l’introduit dans l’univers interlope du Montmartre de la fin du XIXe siècle : monde de la nuit, des voyous et des prostituées, bonne société où les costumes de notables cachent parfois bien des surprises!…
Par le choix d’un style résolument classique, l’auteur réussit pleinement son pari : en immersion totale dans le Montmartre des artistes de l’époque, le lecteur mène l’enquête aux côtés de l’inspecteur Berflaut qui trouve, en Toulouse-Lautrec, un associé de qualité, à l’intelligence vive et aux relations diverses et variées, voire utiles ! On apprend beaucoup de choses sur cet univers particulier.
Un livre passionnant qui permettra, peut-être, d’amener les “anti-polar” à lire et à apprécier ce genre littéraire souvent décrié à tort !
Bonneau, Renée. – Sanguine sur la Butte. – Nouveau Monde. – 14 €
Nous savons tous ce qui s’est passé le 22 novembre 1963 : l’assassinat à Dallas du président John Fitzgerald Kennedy. Un traumatisme pour les Etats-Unis, un traumatisme pour la première dame : Jackie.
Mais que savons-nous au juste des sentiments qu’elle a ressentis ? Comme des réactions et sentiments du personnel de la Maison blanche par exemple ?
C’est ce que vous propose de découvrir ce roman. Fondé sur les faits et les témoignages réels, il vous embarque dans l’aventure intérieure totalement imaginée des personnages.
On est avec Jackie à l’arrière d’Air Force One, seule une dernière fois avec le corps de son mari, ou encore avec Melle Shaw lorsqu’elle doit annoncer la nouvelle à Caroline et John-John.
“(…) Malgré la pesanteur qui la cloue au sol, il lui suffit de toucher le cercueil de la main pour continuer de voler, loin au-dessus de l’obscurité et la gravité qui la retiennent ici (…)”
Un très bon premier roman.
Braver, Adam. – 22 novembre 1963. – Sonatine. – Traduit de l’anglais. – 16 €
Après la guerre civile, Franco instaure un régime totalitaire. A Los Yesares, certains y trouvent leur compte, d’autres prennent le maquis. C’est l’histoire de ces vaincus républicains, que l’auteur raconte par petites touches émouvantes.
Universitaire, journaliste, poète, Alfons Cervera est né en 1947 à Gestalgar, à deux pas de Los Yesares. Il a publié de nombreux ouvrages sur cette période tragique de l’histoire espagnole. “Je ne cherche pas la revanche, mais la mémoire de faits qui, jusqu’alors, n’ont été racontés que dans la version unique et intéressée des vainqueurs de la guerre.” explique-t-il.
Maquis est le second volet de sa série consacrée à la mémoire des vaincus : dans ce volume, il évoque la résistance à Franco dans les campagnes. Thème original, car peu prisé des écrivains. Vu de l’extérieur, on a l’impression qu’après la guerre civile, il ne s’est plus rien passé en Espagne.
Ces chroniques méritent le coup d’œil. Le style nous fait, peu à peu, pénétrer dans cet univers clos : on y est, on y vit, on subit, on connaît tout le monde, on se tait. C’est extraordinaire !
Un récit-témoignage passionnant qu’il est important de découvrir au plus vite.
Cervera, Alfons. – Maquis. – La fosse aux ours. – Traduit de l’espagnol. – 18 €
Richard Lenoir est un producteur de courts métrages. Criblé de dettes, sa vie est un naufrage. Il décide de mettre fin à ses jours en jetant sa voiture contre la banque, qui lui a refusé un crédit. Mais ça ne se passe pas comme prévu. Il est percuté par un 4×4, et c’est l’accident. A l’hôpital, Richard reçoit la visite d’un homme étrange, émissaire de M. Solonik, dont le fils a été grièvement blessé dans l’accident causé par Lenoir. L’homme, surnommé Conteur, lui propose un marché : soit de mourir comme il le souhaitait, soit de vivre aveugle avec une petite rente. Ainsi, il pourra prélever les cornées de Richard et les offrir au fils de Solonik, qui a perdu la vue dans l’accident. S’il refuse, Conteur lui annonce que les cornées de sa fille sont aussi compatibles. Richard refusant de se soumettre, on tue son ex-femme et on enlève sa fille. Richard Lenoir va se rebeller.
L’intrigue est éloignée de toute norme, l’univers y est décalé. Les personnages sont perturbants, complexes, côtoyant la folie.
Chevron, Michel. – Icône. – Après la lune. – 13 €
Leonora, une Indienne mexicaine, est envoyée chez les O’Connor, une riche famille du Mexique pour s’occuper des deux jeunes enfants. De sa mère et des religieuses qui l’ont élevée, Leonora a appris à ne jamais dire non. Les deux enfants sont adorables, Mr O’Connor, un avocat réputé, est le plus souvent absent, Mme O’Connor passe ses journées à dormir. Les deux domestiques sont très attentionnées envers Leonora. Celle-ci apprend à apprécier sa nouvelle vie. Pourtant, Mr O’Connor la regarde étrangement, puis un jour, il pose une main sur elle, et puis un baiser… jusqu’au jour ou elle est enceinte de lui. Mme O’Connor demande alors à Leonora de quitter la maison. Mais sous la pression de Mr O’Connor, elle est obligée d’accepter la présence de Leonora jusqu’à l’accouchement, puis finalement d’accepter sa présence tout simplement, car il a été décidé que l’enfant sera élevé par les O’Connor, et Leonora ne devra jamais dévoiler la vérité.
Très belle histoire. La narration est alternée par Leonora et par l’enfant qu’elle a eue avec Mr O’Connor. On comprend que Leonora n’a jamais accepté les avances de son patron, mais on lui a surtout appris à ne pas penser, à ne pas dire non. L’amour qu’elle a pour sa fille, sans pour autant lui avouer la vérité, n’a pas de limite jusqu’au dénouement surprenant et inattendu…
Clément, Jennifer. – Une histoire vraie tissée de mensonges. – Autrement. – 15 €
A l’hôpital Saint-Cyrille, on essaie de respecter le serment d’Hippocrate, malgré le peu de moyens, le manque de personnel chronique et les oppositions entre l’administration, les finances et les médecins.
Ces tensions s’exacerbent au point de coûter la vie à un cadre administratif. Et c’est, bien entendu, un cadre médical qui se voit accusé du crime…
Réédition du premier roman d’un auteur médecin qui en connaît un rayon sur la question, puisqu’elle y a travaillé quinze ans.
Le ton est juste, le style incisif, l’état des lieux du système hospitalier français donne froid dans le dos : rentabilité, restrictions budgétaires, magouilles, harcèlement, stress, enjeux de pouvoir… Les agents, les patients semblent relégués à un rôle subalterne.
Malaise de la santé, malaise de la police sont associés dans cette enquête en phase avec une certaine actualité, enquête aussi passionnante que déprimante. La psychologie des personnages est finement analysée.
De l’excellent polar qu’il faut absolument avoir. Un auteur à découvrir de toute urgence !
Desaubry, Jeanne. – Hosto. – Krakoen, Forcément noir. – 10 €
Quién es ? est l’histoire d’un de ces jours malheureux où une décision prise hâtivement peut précipiter le destin d’une personne sans histoire et la faire entrer bien malgré elle dans la légende. Le genre de destin dont se serait bien passé William Bonney, alias Billy the Kid (entre autres noms). Le roman revient sur les faits marquants de sa vie avant et après le tragique événement. Au gré de ses réflexions sur son parcours, le personnage se présente à nous au grand jour loin des mensonges et des exagérations qui font les légendes de l’Ouest.
C’est l’histoire malheureuse d’un gamin malingre et discret, qui, victime de la brutalité et de la stupidité d’un autre, va commettre l’irréparable et devenir hors la loi.
Fort bien documenté, ce portrait psychologique dépeint un autre personnage que celui que nous connaissons en fait si peu. Coupable avec certitude de trois homicides, dont deux en légitime défense, (contre les 21 qu’on lui prête). Réputé sanguinaire colérique et illettré, c’est en fait un gamin attachant, amical, lettré que nous décrit avec empathie S. Doubinsky.
Doubinsky, Sébastien. – Quién es ?. – Joëlle Losfeld. – 10,50 €
Née en 1970 à Lyon, où elle vit toujours actuellement. Écrivain public, elle anime régulièrement des ateliers d’écriture auprès d’un public d’enfants et d’adultes. Romancière et nouvelliste.
Recueil de 5 nouvelles avec dans chacune le personnage principal une adolescente mal dans sa peau, en souffrance : une Marocaine élevée en France qui veut choisir son avenir elle-même, une étudiante malade qui rêve d’avoir une vie normale, une jeune fille qui souhaite s’affranchir de l’emprise maternelle.
La 4eme est consacrée à un SDF qui voit une jeune fille nouvellement arrivée dans la rue, et qu’il finit par rencontrer.
Le thème commun de toutes ces histoires est la difficulté de grandir, comment trouver sa place dans le monde des adultes. L’auteur fait preuve de finesse, sensibilité et empathie pour ses personnages, qui réapparaissent d’une nouvelle à l’autre.
Dubreuil, Chloé. – Le sourire de l’iguane. – D’un noir si bleu. – 16 €
Un homme se présente dans un commissariat de Brooklyn, en prétendant que sa femme a disparu pendant leur jogging matinal. A-t-elle été assassinée ? Certains indices persuadent les inspecteurs de la culpabilité du jogger. Pourtant, pour d’autres, il apparaît innocent. Mais comment le prouver ?
Ancien videur, ex membre d’un gang new-yorkais, Eldon s’est mis à écrire lorsqu’il a arrêté de boire. Bien lui en a pris : fan de Chandler, de Mac Bain, il réussit, avec Sur le fil, à ensorceler littéralement le lecteur !
Une bonne histoire, un excellent suspense, une écriture sèche, visuelle, qui se rapproche de la composition scénaristique, des héros à échelle humaine… Tout est là pour faire de ce roman policier un livre qu’il ne faut surtout pas rater.
Véritable hommage au 87e district d’Ed Mac Bain, cette fiction n’est pas sans rappeler certains feuilletons américains qui ont une construction efficace, proche du documentaire : NYPD Blues, New York District, the Shield, the bridge…
Eldon, D. James. – Sur le fil. – Zanzibar. – Traduit de l’américain. – 16 €
Inga est une photographe suédoise de talent. Après une exposition où les critiques n’étaient pas excellentes (elle manque de spontanéité, de naïveté), elle n’a qu’une envie, rentrer à la maison et retrouver son mari, Marten. Mais c’est un pasteur qui sonne à la porte et lui annonce que Marten est décédé d’une crise cardiaque. Abattue, elle continue comme elle peut de vivre. Mais deux ans plus tard, elle craque. Inga se rend alors dans la maison familiale à Marstand. Elle y retrouve Nikklas, son ami d’enfance. Pour s’occuper, elle décide de ranger la remise. Elle découvre alors un carton avec des coupures de presse sur la guerre de 14-18, une lettre adressée à Rakel, sa grand-mère et qui fait référence à une nuit, où elle et son amie Léa se sont substituées à Dieu. Que s’est-il passé ? Inga part à la recherche d’informations et découvre un lourd secret familial.
Inga veut découvrir ce qu’on lui a caché et comprend que cette quête l’aidera aussi à surmonter son deuil. La narration se fait alternativement par Inga en 2007, et par Rakel en 1959. Très beau roman sur le poids des non-dits, sur la guerre, sur l’amitié et sur la reconstruction d’une femme après la mort de son mari.
A avoir absolument.
Ernestam, Maria. – Toujours avec toi. – Gaïa. – Traduit du suédois. – 23 €
Il s’agit de la réimpression d’un livre paru en 1974, qui était épuisé. On ne présente plus René Fallet, romancier, poète, cinéaste et dialoguiste.
Nous savourons tout autant que son auteur les délices de l’attente et l’émerveillement devant la nature que nous accompagnons au bord de la Bresle pour taquiner les poissons.
Que dire aussi de cet humour, qui déclenche rire ou sourire à toutes les pages ?
La partie de pêche avec son frère Tarin mérite le détour.
C’est un petit bijou que ce livre, et que l’on soit ou non pêcheur invétéré on succombe au charme : la Bresle éclate en gouttelettes, illuminée par une averse, criblée de mouches de soleil, joue du Reinhardt sous ses moulins détruits, désaffectés.
Fallet, René. – Les pieds dans l’eau. – Le Cherche midi. – 12 €
Né en 1963 en région parisienne. Docteur en droit et en pharmacie, membre du Conseil de l’Ordre des pharmaciens et professeur d’université. Romancier et nouvelliste.
Recueil de dix nouvelles dédiées aux teignes ! (ce ne sont pas les oiseaux de la couverture, mais dans le règne animal désignent aussi des insectes) sous toutes leurs formes humaines : personnes prétentieuses, fausses, calculatrices, envieuses, racistes. Bref, un hommage à la méchanceté sous tous ses aspects.
En quelques pages, l’auteur brosse ces portraits virulents, des situations de souffrance, qui débouchent sur le mal que l’on réserve à autrui. Il y a toujours le dominant et sa victime.
De plus, Eric Fouassier manie l’humour -noir ou féroce- pour mieux souligner son propos. En bon nouvelliste, il nous offre en prime des chutes renversantes (“Zapping”, Attention, chien méchant”). On en redemande !
Fouassier, Eric. – Les teignes. – D’un noir si bleu. – 16 €
Robert Goddard vit dans les Cornouailles. Il publie un livre par an depuis 1986. Son œuvre vient d’être redécouverte en Angleterre et aux États-Unis, où elle connaît un succès sans précédent.
Ecrit en 1988, ce livre est paru en France en 1996.
C’est un roman d’atmosphère, sur fond de Première Guerre mondiale. Une ambiance oppressante et feutrée dans la campagne anglaise. Leonora Galloway, soixante-dix ans, se rend avec sa fille dans la Somme, là où est érigé le Mémorial britannique de Thiepval Elle décide de lui raconter son histoire, qu’elle avait cachée pour l’oublier.
Leonora a été élevée par son grand-père et sa femme. Elle sait peu de choses sur ses parents. Son père est mort lors de la guerre, sa mère est décédée peu après sa naissance. Le sujet est tabou, de nombreuses questions restent sans réponse.
La seconde partie se situe en 1953. Le narrateur est Tom Franklin, ami du père de Leonora et compagnon de tranchées. Il raconte à Leonora ce qui s’est passé en 1916. Cette partie débute par un meurtre, puis un suicide et de multiples rebondissements. Chaque éclaircissement dévoilera un autre mystère. Nous ne comprendrons toute l’histoire qu’à la fin ultime, par le biais des témoignages de différents personnages.
Ce voyage dans le temps est passionnant. L’écriture est agréable, les personnages sont nombreux et très intéressants.
Goddard, Robert. – Par un matin d’automne. – Sonatine. – Traduit de l’anglais. – 22 €
Journaliste reconnue en Angleterre, avant d’écrire cinq romans publiés dans vingt-deux pays. Elle vit aujourd’hui dans le Connecticut aux États-Unis avec ses quatre enfants.
Histoire de cinq amies d’enfance, qui se sont perdues de vue et se retrouvent à l’occasion de la mort d’un de leurs amis. Elles s’interrogent chacune sur leur vie. Les personnages arrivent à la quarantaine et espèrent avoir une seconde chance.
Bien écrit et best-seller sympathique. Une jolie réflexion sur l’amitié, un livre drôle et émouvant, qui paraît plus sombre que ses titres précédents, plus rattachés à la chick-litt.
Green, Jane. – Une sonde chance. – Deux Terres. – Traduit de l’anglais. – 18,50 €
Officier de l’armée de mer à la retraite, originaire de Bordeaux.
1950 : Michel, 18 ans, vient s’installer à Bordeaux avec sa famille. Il habite rue Thérésia Cabarrus, et prend l’habitude de dire “Bonjour Teresa” quand il arrive dans la rue. C’est un jeune homme solitaire, réservé et mal dans sa peau. Il se sent attiré par Annick, mais est trop timide pour chercher à la séduire. A cause de ses bonnes notes, il devient le souffre-douleur d’un élève de sa classe. L’année scolaire se terminera dramatiquement pour lui.
1965 : Lucas, son jeune frère, reprend le fil de l’histoire. Il est devenu dentiste et trouve par hasard le journal intime de son frère. Il décide de venger Michel. Mais le jeune homme honnête et franc aura bien du mal à aller au bout, et finalement le sort en décidera autrement.
Une histoire attachante, que l’on peut conseiller à tout public.
Hery, Daniel. – Bonjour Teresa !. – Terre des graves. – 15 €
Allemagne, 15 mai 1907 : Max et Itzig viennent au monde le même jour. Ils grandissent ensemble et s’aiment comme deux frères. En 1933, Max adhère au parti nazi et se transforme en bourreau ; Itzig est juif et devient l’ennemi à abattre. Mais Itzig est-il vraiment mort ? Recherché pour crimes contre l’humanité, Max usurpe l’identité de son ami. Il part vivre en Palestine et participe activement à la constitution de l’Etat d’Israël.
Né à Leipzig en 1926, Edgar Hilsenrath a survécu à l’horreur nazie. Chacun de ses livres traite de son histoire : la Shoah, le déracinement, la mort… Il s’est longtemps cherché avant de trouver son style : réalité crue dans La nuit (1958), grotesque dans Le nazi et le barbier (1971), réalisme documentaire pour le superbe Conte de la pensée dernière (1989) qu’il consacra à la résistance arménienne en 1915.
Quarante ans avant Les bienveillantes, Hilsenrath aborde la Shoah du point de vue du criminel, ce qui était original dans les années 70. Il va au-delà de ce concept déjà osé en “aidant” son héros à sauver sa peau : prendre la place de sa victime (qu’il a lui-même liquidée), n’est-ce pas un comble ? Le nazi devient un activiste sioniste en Palestine. Hilsenrath manie avec brio l’art du grotesque. On suit le cheminement de cet homme qui n’a rien de sympathique, pour échapper à la justice. En devenant Itzig, il a tué Max et a ressuscité le juif qu’Hitler voulait éliminer ! Belle revanche et belle métaphore !
Hilsenrath, Edgar. – Le nazi et le barbier. – Attila. – Traduit de l’allemand. – 23,50 €
Née en 1969 à Séoul, Kyung-Ran Jo a fait très tôt ses débuts dans la littérature coréenne, où elle a acquis une place de premier plan avec une œuvre imprégnée de mélancolie et d’humour. Mise en bouche est son premier roman à être traduit en français.
En souvenir de sa grand-mère cuisinière, la narratrice dirige un cours de cuisine. Mais quand son homme la quitte pour un mannequin, elle le ferme et reste seule avec leur chien Pauli. Amorphe, elle espère toujours que son amant reviendra. Pauli et elle tombent en dépression. Elle travaille à nouveau dans le grand restaurant italien de Séoul. Ce n’est qu’en cuisinant et en mettant au point sa vengeance que Jiwon va peu à peu reprendre goût à l’existence.
Au passage, elle nous confie sa vie, dont le centre est sa passion pour la nourriture. Jiwon établit des parallèles entre les aliments et l’humeur, la place et le rôle de la cuisine dans la vie, les relations entre cuisine et amour. Comment être un bon cuisinier ? Que cuisiner ? Comment inventer un plat ? Toutes ces questions supposent de l’improvisation et de l’imagination.
Jo, Kyung-Ran. – Mise en bouche. – P. Rey. – Traduit du coréen. – 18 €
Au XVIIIe siècle, un haut fonctionnaire recherche un meurtrier qu’il fera écarteler après une série de crimes. Mais les meurtres continuent. C’est le frère du premier condamné, qui en est à l’origine. Le haut fonctionnaire est aidé par un passionné d’horticulture.
Tout au long de l’enquête, la sœur des suppliciés, dont notre héros est amoureux, apporte un livre écrit par son plus jeune frère, où tous les coupables de ce roman sont inscrits…
Agréable polar historique qui embarque le lecteur dans la Corée du XVIIIe siècle, lui faisant traverser les années avec facilité. Malgré ce saut dans le temps et dans les civilisations que la lecture implique, il n’en reste pas moins riche en rebondissements et atemporel.
Loin des romans policiers habituels, Les romans meurtriers est une enquête très originale, qui séduit par la limpidité de l’écriture, et qui marque le début d’une saga fascinante. En effet, Kim Tak-hwan, dont c’est le premier livre traduit, prévoit une série de dix volumes ! Il ne reste plus au lecteur qu’à attendre la suite…
Kim, Tak-hwan. – Les romans meurtriers. – Picquier. – Traduit du coréen. – 21 €
Nouvelle aventure du commissaire Maupas.
Francis Liotais, le narrateur, est représentant en matériel médical. C’est surtout un homme au charme irrésistible, qui a pour habitude d’entretenir des relations avec trois maîtresses en même temps ! Alors qu’il poursuit de ses assiduités Brigitte, Isabelle et Esther, il rencontre Myriam, une vraie mante religieuse d’une jalousie féroce…
Quand Francis apprend qu’Esther est assassinée, qu’une autre a un curieux accident de voiture, et que Myriam pratique le karaté, il a du mal à croire à l’innocence de cette dernière.
A cet imbroglio amoureux, il faut ajouter du trafic de matériel médical, probablement organisé par la mafia russe.
Francis et le commissaire Maupas essaient de découvrir la vérité. Evidemment, il n’y aurait pas d’intérêt à ce que Myriam soit coupable, et l’auteur nous réserve un coup de théâtre !
Un roman policier sympathique, des personnages plutôt attachants.
Kourilsky, Olivier. – Homicide par précaution. – Glyphe. – 16 €
Chronique de Laghouat, petite ville au sud d’Alger, dans les années 50, peu avant le déclenchement des “événements”.
Journaliste, poète et éditeur, Lazhari Labter est né en 1952 à Laghouat. Membre du Syndicat National des Journalistes (SNJ) et du Conseil supérieur de l’éthique et de la déontologie, il publie, en 1995, un témoignage chez l’Harmattan : Journalistes algériens, entre le bâillon et les balles.
Dans ce recueil, il raconte son pays qui lutte pour son indépendance. Il évoque, par petites touches sensibles, son enfance au sein d’une famille aimante. La nature est omniprésente. Les objets, qui font le quotidien prennent vie. Les humains, pudiques, éprouvent des sentiments qu’ils partagent volontiers sans pouvoir en parler. Ils sont pauvres, mais droits, avec un code de l’honneur et des valeurs qu’ils transmettent à leurs enfants.
C’est un recueil magnifique et émouvant. Tout y est amour et fraternité, difficultés et joie pour de petites choses, vie et mort, ombre et lumière, chaleur et poussière…
Les Je me souviens qui introduisent chaque chapitre sont autant d’hommages à la littérature, un hymne à sa famille, un appel à l’amour et à la fraternité universels.
Un recueil poignant, qui ne laissera aucun lecteur indifférent.
Labter, Lazhari. – La cuillère et autres petits riens. – Zellige. – Traduit de l’arabe. – 19 €
Myrtille, la trentaine, est “bienheureuse.” Elle vit avec Angelo, ils s’aiment et elle se refuse. Elle voit sa mère, se souvient de son père. Elle s’invente un personnage au masque d’oiseau, qui l’accompagne tout au long de ses rêves et de son imaginaire.
Ce roman étrange et léger se laisse lire, tant la poésie qui l’effleure, la tendresse et la respiration de Myrtille est séduisante. Et puis, la couverture, un parapluie et un ciel myrtille sous la pluie et les parapluies noirs, est un vrai appel à la lecture.
Il y a du Amélie Poulain dans Myrtille, un univers baroque et réaliste qui cohabite avec une vraie finesse d’écriture et une sensibilité rare.
Lamarck, Hugo. – Myrtille. – Galaade. – 13 €
Clair-obscur est paru aux Etats-Unis sous le titre initial “Passing” en 1930, à une époque où la ségrégation raciale était très présente. « Passing » désigne ici le fait de franchir une frontière invisible, celle qui sépare les Noirs des Blancs, la conscience d’appartenir à une race et le désir, pour des métis, clairs de peau, de se faire passer pour des Blancs.
Claire et Irène, toutes deux métisses, ne se sont pas vues depuis des années. Leurs parcours diffèrent. Claire est mariée à un Blanc, animé d’une haine raciale violente, qui ignore tout des origines de sa femme. Au grand soulagement de Claire, sa fille est née blanche. Mariée à un médecin de couleur, Irène a choisi d’assumer son identité au sein de l’intelligentsia noire. Mais a-t-elle pour autant choisi la sécurité ?
Irène, fascinée par la beauté de Claire, sa personnalité oscillant entre peur et provocation, tente de rejeter celle qui n’a pas hésité à mettre son amie dans une situation humiliante, mais qui pourtant l’attire d’une façon irrésistible. Si elle a choisi la sécurité, Irène finit pourtant par se sentir menacée, d’une toute autre manière… En proie à une peur croissante, Irène guette le moindre signe susceptible de la mettre en danger. La tension monte, jusqu’au drame que le lecteur interprète comme il veut.
Le récit, incisif, sans dérive de sentiments, presque clinique, construit sur le fil du rasoir, est glaçant. Il y est question de prise de risque, de choix, assumé ou non. La démonstration est implacable.
Larsen, Nella. – Clair-obscur. – Climats. – Traduit de l’américain. – 17 €
Morgan Gunn, une femme de 47 ans, vit dans une ferme en bordure d’une rivière au Canada. C’est un écrivain qui a déjà publié quelques romans. Tous les jours, elle s’installe à la table de sa cuisine, face à la rivière et à une page blanche.
Le départ de sa fille la rendant mélancolique, elle se laisse submerger par les souvenirs et fait le point sur les grands moments de sa vie : la mort des ses parents, son enfance en marge de la société dans une petite ville du Manawaka, élevée par des gens pauvres mais chaleureux, sa relation avec Jules Tonnerre, un chanteur de country métis, un mariage avec un prof de fac, et surtout l’écriture qui fut tout au long de sa vie son véritable refuge.
L’écriture est simple et limpide, les personnages sont fouillés. La construction très travaillée n’est cependant pas lourde. Ce roman largement autobiographique est un petit bijou.
Laurence, Margaret. – Les devins. – J. Losfeld. – Traduit de l’anglais (Canada). – 26 €
Né en 1970 à Tourcoing, Alexis Lorens réside dans le Finistère. Il s’est engagé à 19 ans dans la Marine nationale, et son métier de navigateur l’amène à voyager dans de nombreux pays. Il est également romancier et éditeur.
Paris, 1936 : Un cheminot doit arrêter sa locomotive à vapeur in extremis : il y a un corps sur la voie. L’inspecteur Kerlann et ses acolytes accourent. Une femme a été assassinée, mais il n’y a pas de sang. Il s’agit de Clémence Daffaut, 19 ans, danseuse à l’Opéra Garnier dans la troupe de Serge Lifar. Dans une villa, on trouve une luxueuse édition du Horla de Maupassant. L’inspecteur tombe amoureux de l’amie de la morte.
Un second meurtre presque identique a lieu ; cette fois, la victime est russe, ce qui oriente la police de nouveau vers les danseurs de l’Opéra. Des Russes aux usages de vampires sont soupçonnés. La course poursuite est lancée à travers la Russie et l’Amérique.
Un polar sans temps mort.
Lorens, Alexis. – Les loups de Kharkov. – Petit caveau. – 16 €
Le 31 janvier 1953, une tempête historique aux Pays-Bas raye de la carte le Sud-ouest du pays. Ce jour là, Lidy a accepté l’échange qu’Armanda, sa sœur, lui a proposé : garder sa fille de deux ans et accompagner son mari à une fête familiale, pendant que Lidy passera son week-end dans la famille du filleul de sa sœur.
Le roman va ainsi se dérouler en deux temps : les dernières heures de la vie de Lidy, les 40 dernières années de la vie d’Armanda. Pendant que l’une lutte pour rester en vie, l’autre va épouser son beau frère, élever Nadia comme sa fille et avoir deux enfants. L’une capitalisera en quelques heures une multitude d’expériences, l’autre survivra au drame, aux souvenirs et à l’absence.
Superbe roman, sur la fratrie, sur l’attente, sur le destin, servi par une écriture précise, détaillée et profonde quand il s’agit de Lidy, et plus superficielle quand il s’agit de Armanda.
Moor, Margriet de. – Une catastrophe naturelle. – Libella/Maren Sell. – Traduit du néerlandais. – 24 €
Peut-on filmer des personnes juste avant leur mort, puis leur mort en direct ?
Un jeune réalisateur de télévision se lance dans ce défi afin de persuader ses contemporains que la mort fait aussi partie de la vie, qu’ « elle est un élément organique de la vie ». En échange, il propose à ses participants une forte somme d’argent. Mais le projet s’avère plus compliqué que prévu, les candidats susceptibles de mourir sous l’œil des caméras se montrant parfois rebelles aux nécessités de la production, que le moment fatal survienne trop tôt, tarde à venir, ou que les mourants se montrent trop gourmands pour négocier leur participation.
Ecrit dans les années 70, cette farce visionnaire annonce d’une certaine manière les excès de la télé-réalité d’aujourd’hui, en dénonçant l’absurdité des comportements humains.
Orkeny, Istvan. – Floralies. – Cambourakis. – Traduit du hongrois. – 10 €
« …une série grise de joies calmes, de tranquillité ankylosée. Un bonheur engourdi, embourbé dans le rituel du quotidien… », ainsi ressemble la vie de Colombe Barou.
Nègre dans une maison d’édition, femme raisonnable, bonne ménagère et cuisinière auprès de son mari et de leurs jumeaux, sœur effacée dans la famille… Colombe n’est jamais en première ligne, elle reste dans l’ombre, l’ombre de sa sœur, l’ombre de son mari, l’ombre des starlettes dont elle écrit les romans. Jusqu’au jour où son mari et elle décident de déménager. Et c’est elle qui choisit l’appartement. Très vite, elle se retrouve seule dans ce logement alors que son époux est en voyage d’affaires. Une nuit, à 3 h du matin, elle est réveillée par les Rolling Stones ! Son mari absent, elle n’ose agir auprès du voisin indélicat. Mais cette nuisance se reproduit plusieurs fois, et toujours lorsque le mari est absent. Peu à peu Colombe devient insomniaque et perd ses repères.
Jeu pervers du voisin ou folie de Colombe ? Peu à peu, celle-ci plonge dans la paranoïa, le lecteur oscille entre doute envers l’état de santé mentale de Colombe et les « éventuelles » intentions malfaisantes de ce mystérieux voisin que tous semblent apprécier.
Tatiana de Rosnay varie entre roman psychologique et thriller sans que Le voisin en soit un totalement ! La forme est vraiment surprenante et quelque peu déstabilisante, mais nous restons accrochés au récit de Colombe jusqu’au bout parce qu’il s’agit avant tout de l’histoire de l’émancipation d’une femme !
Entre suspense et sueurs froides.
Rosnay, de Tatiana. – Le voisin. – H. d’Ormesson. – 18 €
Août 2009 : deux meurtres ont lieu dans une clinique psychiatrique près de Nantes. Duclois, à l’apparence de salaud parfait, fils d’un homme riche et en vue, qui tient à ce que rien ne s’ébruite ; et un homme simple, dont on ne sait pas grand-chose. Quel est le lien entre les deux ?
Le commissaire Czerny, aidé de ses sbires, peine à trouver le coupable et le mobile. On suit tantôt l’avancée de l’enquête, tantôt l’assassin, dans des chapitres assez courts.
Polar humoristique, où tous les personnages ont un surnom (la clinique La Bruyère est devenue Morsaline), et où le style n’est guère académique ; mais l’auteur accumule les jeux de mots.
Sard, Hervé. – Morsaline. – Krakoen, Forcément noir. – 11 €
Elie Cooper est un jeune artiste qualifié par les milieux branchés de New York de “néo-post-impressionniste”. Il vit avec une jeune femme noire, danseuse dans un théâtre de Broadway. Un soir, celle-ci meurt dans un accident au théâtre quand une poulie se détache et lui tombe dessus.
Fou de douleur, Elie se perd dans Central Park, où il tombe dans une faille temporelle qui le ramène en 1938 dans le Mississippi.
Logé dans une petite pension de famille, il y rencontre une jeune femme de chambre qui ressemble étrangement à sa femme. Tous deux essaient de comprendre ce qui leur arrive, pourquoi sont-ils coincés dans un espace de temps entre le New York d’aujourd’hui et le Mississippi de 1938, berceau du blues mais également ségrégationniste. Pourquoi d’étranges policiers, gardiens des passages et de non moins étranges passeurs croisent-ils leur route ?
C’est un livre étrange que l’on ne peut poser, à la limite du roman noir et du roman de science-fiction.
Singer, Nathan. – Mississippi blues. – Moisson rouge/Alvik. – Traduit de l’américain. – 19 €
En 1858, Thomas Glover quitte son Ecosse natale pour faire carrière au Japon au sein d’une société commerciale européenne. Peu à peu, ses rencontres l’amènent à développer sa propre entreprise, passant du commerce de denrées à celui des armes. Mais au Japon, le succès ne va pas sans la compréhension des traditions et le respect d’un code que le héros adopte petit à petit. Et il sera vite emporté par le flot de l’histoire, qui verra la restauration du pouvoir de l’empereur au détriment de celui du shogun, et la modernisation du pays.
Un roman d’aventure qui propose une rencontre entre deux insularités. L’auteur, qui a choisi des moments cruciaux de l’Histoire nippone, plonge le lecteur au sein d’une ère de changement où tout aventurier intrépide peut réussir.
L’écriture soignée, la minutie apportée aux détails, aux personnages ainsi qu’aux faits historiques en font un roman de choix pour cette rentrée.
Spence, Alan. – Le monde flottant. – H. d’Ormesson. – Traduit de l’anglais. – 23 €
Rosa Blum est une femme intelligente, cultivée, séduisante, mariée depuis plus de 10 ans à Jean avec qui elle a eu deux enfants. Elle a tout pour être heureuse. Un soir de septembre, lors d’un vernissage, Rosa fait la connaissance de Denis, écrivain plutôt séduisant ; elle tombe sous le charme. Les jours suivants, Rosa espère, attend un signe de Denis, et un mail enfin arrive. Ils se revoient, se plaisent et tombent éperdument amoureux. Mais Rosa n’assume pas cette liaison, elle est rongée par la culpabilité. Plusieurs fois, elle mettra un terme à cette relation, tentera de reconstruire avec son mari, pour finalement revenir auprès de Denis. Loin de son amant elle dépérit, avec lui elle culpabilise de délaisser son foyer. Rosa est incapable de choisir, elle est déchirée, ne sait plus où elle en est.
C’est ce dilemme, rester ou partir, cette incapacité à trancher, à prendre sa vie en main, les faiblesses, les doutes de Rosa que raconte ce premier roman. Si le sujet n’est pas très original, c’est un roman qui fait preuve de beaucoup de sensibilité, de justesse. Le personnage principal, Rosa, est attachant, on s’identifie à elle, on comprend ses doutes, ses peurs, ses nombreux revirements. L’auteur ne porte pas un regard moralisateur sur elle, elle ne la condamne pas, ne la défend pas et le lecteur non plus ne la juge pas, on aimerait la voir heureuse, qu’elle trouve enfin le bonheur…
Stern, Sarah. – Chroniques d’un adultère. – L. Scheer. – 17 €
Plusieurs morts suspectes surviennent dans le Limousin, sur le plateau de Millevaches aux alentours des années 90. Au milieu d’une nature aride, belle, granitique serpentent trois rivières : Creuse, Corrèze et Vienne. Il ne fait pas bon s’aventurer à la Cro do Diable, une crevasse si profonde, si sombre, et si difficile d’accès, qu’elle est propice à bien des légendes. C’est là que les cadavres de Jojo et de son amie Marie la Mie vont être retrouvés. Ces deux-là picolaient sec, Jojo noyant sa retraite dans le vin. Mais pourquoi avaient-ils échoué à cet endroit ? C’est un mystère pour Louis, son ancien employeur, propriétaire des terrains alentour qui, avec son chien Pépère, les découvrent là, enfouis sous les ronces et les fougères. A son tour, Louis sera aussi victime d’un meurtre, écrasé par son tracteur au fond d’un pré au bord de la crevasse.
Se lancent sur l’enquête Max Léobon, journaliste à l’”Echo du Limousin”, et Bastien Lenoir, un flic de Limoges qui officie depuis une vingtaine d’années. A Limoges les technocrates européens et les élus locaux sont en pourparlers pour le stockage des déchets nucléaires sur le plateau de Millevaches. Faudrait-il faire un rapprochement entre ces fâcheux événements ?
Policier original, vivant, où évoluent des personnages hauts en couleur dans ce milieu rural habité par des paysans pleins de bon sens et d’humanité.
Vacher, Serge. – Lo Cro Do diable. – Après la lune, Lunes blafardes. – 8 €
Finlande, été 2007. Une jeune adolescente de 13 ans sur une bicyclette rouge disparaît en se rendant à son entrainement de volley-ball. On retrouve son vélo exactement au même endroit que celui d’une autre jeune fille qui avait été violée et tuée trente trois ans plus tôt. L’annonce de cette disparition va non seulement ébranler la police et la population, mais aussi quelqu’un qui avait gardé sous silence un passé bien caché depuis de nombreuses années.
L’auteur du premier crime n’a jamais été arrêté, et les policiers rouvrent l’enquête en pensant que les deux affaires sont liées.
Ainsi, le jeune commissaire Kimmo Joentaa s’appuiera sur l’aide et l’expérience d’Antsi Ketola (policier à la retraite le jour de l’annonce de la deuxième disparition) qui enquêtait déjà sur le premier crime à l’époque, pour mener à bien leurs investigations.
Dès le début du roman, Jan Costin Wagner dévoile aux lecteurs l’identité des meurtriers. L’auteur joue avec ses personnages en les alternant à chaque chapitre, à chaque paragraphe parfois, tout en mêlant passé et présent. Nous évoluons ainsi dans l’intrigue et dans les pensées intimes des personnages de façon subtile.
Un roman très bien construit sur le thème difficile de la pornographie juvénile, de la culpabilité, des remords, et de la lâcheté.
Ce roman a reçu le Prix du Polar Européen. A avoir absolument.
Wagner, Jan Costin. – Le silence. – J. Chambon. – Traduit de l’allemand.- 22 €
C’est l’histoire d’une rencontre, fictive, entre Nietzsche et le célèbre Dr Breuer, médecin viennois, qui a soigné Anna O. De leur rencontre, entre celui qui va soigner le corps et le philosophe qui va, par la parole, aider à dénouer les tourments du médecin, naîtra une amitié rare et riche.
Mi-fiction, mi-histoire, les personnages du livre ayant tous existé, entre la réflexion philosophique, le quotidien auquel tous nous sommes soumis, ce roman brillant et accessible à tous s’avère passionnant…
Yalom, Irvin. – Et Nietzsche a pleuré. – Galaade. – 24 €
Ex-officier de l’Armée rouge ayant servi en Afghanistan et en Serbie, Skif revient dans son pays qui n’existe plus. La situation qu’il découvre en 1996 le choque : hommes politiques incapables, businessmen louches, mafias multiformes… En cherchant à revoir sa femme, il est impliqué, malgré lui, dans des affaires sordides…
Traduit pour la première fois en français, ce roman d’espionnage et d’action a été publié en 1999. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour découvrir ce petit bijou d’humour noir ?
Sélection naturelle dresse l’inventaire de la Russie des années 90. L’auteur décrit avec humour et cynisme la société russe de la période Eltsine, à contre-courant des idées reçues. Un portrait au vitriol !
Spécialiste des milieux criminels, Alexandre Zviaguintsev a instruit certaines des affaires les plus retentissantes. Il mène actuellement l’enquête, côté russe, sur le crash de l’avion du président polonais, en avril dernier.
A travers des héros bien réels, il dessine un monde voué au chaos, dans lequel s’affrontent des clans aspirant au pouvoir par tous les moyens et des hommes s’efforçant de trouver leur voie sans transgresser la loi.
Un vrai régal…
Zviaguintsev, Alexandre. – Sélection naturelle. – Edition des Syrtes. – Traduit du russe. – 18 €
LIVRES NON RETENUS
| AUTEUR | TITRE | EDITEUR |
| Abu-Jaber, Diana | Origine | Sonatine |
| Allingham, Margery | Cercueils et Cie | BakerStreet |
| Bonnet, Georges | Chaque regard est un adieu | Le Temps qu’il fait |
| Bouysse, Franck | Lhondres ou les ruelles sans étoiles | Les ardents éditeurs |
| Chevron, Michel | Icône | Après la lune |
| Flamand, Isabelle | Les rescapés | L’Harmattan |
| Fromm, Pete | Avant la nuit | Gallmeister |
| Gilabert, Teodoro | La belle mauve | Buchet Chastel |
| Gobin, Arnaud | Le banquet des silphes | Après la lune |
| Incardona, Joseph | Lonely Betty | Finitude |
| Jepsen, Erling | L’art de pleurer en chœur | S. Wespieser |
| Keegan, Claire | L’Antarctique | S. Wespieser |
| Litt, Toby | Mélancolie du rocker | Phébus |
| Obione, Max | Scarelife | Krakoen |
| Peffer, Randall | La fille de Neptune | Moisson rouge/Alvik |
| Pla, Josep | Pain et raisin | Autrement |
| Roulet, Daniel | Luisa | Le Temps qu’il fait |
| Suarez, Daniel | Daemon | Fleuve noir |
| Twinning, James | L’affaire Caravage | City |
| Volo, Fabio | Une journée de plus | Fleuve Noir |
| Yan, L | Songeant à mon père | Picquier |
| Ziarati, Hamid | Salam, Maman | T. Magnier |




















La Toscane, pas celle des touristes, une barre de HLM, une aciérie, monstrueuse mais peu à peu démantelée, une géante de béton et de métal, peu à peu mangée par la rouille, et bien sûr, la mer étincelante et la lumière.




















































































































































































































